« Tous les jours vont à lamort, le dernier y arrive », écrit Montaigne.À chaque instant, combien en sommes-nous proches, nous ne le savons pas. Si peude chose nous en sépare. « Toutprès de la mort, car ce ne sont plus tant d’heures qui t’en séparent, mais unsubtil écart, si ténu que le franchir, c’est briser le temps même. »À chaque instant, elle pourrait advenir. C’estlà, tout près de la mort, que nous pourrions être vraiment vivants, pleinementlibres et éveillés, si nous cessions de délibérement l’ignorer. « Tout près de la mort, on commence enfin àvivre, jusqu’ici c’était pour rire. C’est maintenant le vrai moment. Silongtemps on a appris à commencer, il est temps de commencer vraiment. »Les expériences de mort imminente fascinent commesi la mort était quelque chose de si extraordinaire que seuls des états psychologiques aux limites du paranormalpou-vaient en rendre compte. Comme si une religiositélatente en attendait on ne sait quelle révélation. Mais la mort est tristementbanale, et seule la vanité de nos existences la pare de cette aura tragique etvaguement super-stitieuse. « Toutprès de la mort, la faucheuse a parfois de grands airs de théâtre. Nez crochu,joues blafardes, regards d’effroi. Tourne seulement la tête. Elle se moque detoi. » C’est là «tout près de la mort » que se situent les203 courtes proses qui composent le présent ouvrage. Tout près de la mort », làoù chacun de nos instants ressemble à un « jardin suspendu ». « Tout près de la mort, il fait beau, unebonne journée encore pour ceux qui resteront. On fera un tour au jardin, onhumera l’air frais. Un pincement au cœur quand s’en ira le soleil. »