Depuis l’Antiquité grecque jusqu’au théâtre classique français, la tragédie s’impose comme un genre majeur de la réflexion sur la condition humaine, ses limites et ses contradictions. Le Théâtre de la Tragédie. Étude de Phèdre et Antigone s’inscrit dans cette tradition intellectuelle en proposant une analyse approfondie de deux figures féminines emblématiques, dont les destins tragiques révèlent les tensions fondamentales entre loi, passion, devoir et liberté. À travers l’étude croisée de Phèdre de Racine et d’Antigone de Sophocle, S.E. Bouesse met en lumière la permanence des structures tragiques tout en soulignant leurs transformations historiques et esthétiques. Ces deux héroïnes, séparées par des siècles et des contextes culturels distincts, incarnent chacune à leur manière la confrontation irréductible entre l’individu et des forces supérieures — qu’il s’agisse du destin, des lois divines ou de l’ordre politique. La tragédie apparaît ainsi comme un espace de cristallisation des conflits moraux et existentiels les plus profonds. L’ouvrage montre que Phèdre et Antigone proposent deux modalités complémentaires du tragique. Chez Racine, la tragédie se déploie dans l’intériorité du sujet, déchiré par une passion coupable et par le poids écrasant de la culpabilité. Le conflit y est essentiellement psychologique et moral, révélant l’impuissance de la raison face à la violence du désir. Chez Sophocle, au contraire, le tragique prend une dimension politique et éthique : Antigone affronte ouvertement l’autorité de l’État au nom d’une loi supérieure, faisant de son geste un acte de résistance absolue, porteur de conséquences collectives. En articulant analyse textuelle, contextualisation historique et réflexion philosophique, S.E. Bouesse met en évidence les continuités et les ruptures entre la tragédie antique et la tragédie classique. L’étude souligne notamment l’évolution du traitement des personnages féminins, passés de figures mythiques inscrites dans un ordre cosmique à des sujets dotés d’une profondeur psychologique et morale accrue. Cette évolution révèle la capacité du genre tragique à se renouveler tout en conservant ses structures fondamentales. L’ouvrage adopte une méthodologie comparative rigoureuse, mobilisant les apports de la poétique aristotélicienne, de la critique littéraire moderne et des lectures philosophiques contemporaines. Il montre comment les dispositifs dramatiques — chœur, unités, construction de l’action, langage poétique — participent à la production du sens tragique et à l’effet cathartique sur le spectateur. En définitive, ce livre propose une lecture exigeante du théâtre tragique comme lieu privilégié de questionnement sur la responsabilité humaine, la légitimité des lois et la puissance des passions. Par leur résonance intemporelle, Phèdre et Antigone continuent ainsi d’interroger les fondements éthiques et politiques des sociétés humaines, faisant de la tragédie un genre toujours vivant et profondément actuel.