Il aurait été doux de vivre dans un lumineux et accueillant Sud-Ouest, sous un paisible ciel bleu sans nuages, en jouissant d’un calme qui nous est précieux. Nous aurions voulu nous promener, seul ou amicalement accompagné, dans de sauvages et désertiques endroits reculés des Pyrénées, nous étendre sur des sommets isolés, nous perdre dans un azur infini traversé parfois de silencieux rapaces. Nous aurions apprécié de pouvoir marcher, courir ou pédaler en sécurité dans le bien-être de l’effort maîtrisé, au sein de bois clairs et frais, au long de chemins creux parfumés de chèvrefeuille, de sentiers ombragés où il fait bon respirer même si l’on y transpire. Nous aurions souhaité connaître une vie de famille apaisée, éclairée de sourires, de complicité, exempte de perpétuels et douloureux reproches, de récriminations, de violence et de crainte. Nous aurions rêvé de fréquenter des établissements scolaires où l’on apprend avec enthousiasme, dans une joie partagée, bénéficiant de l’aide attentive de maîtres admirés, de jouer dans des cours de récréation où aurait régné la camaraderie. Nous aurions aimé que nos journées de plage ne soient que repos et plénitude, dans la douceur fraîche et salée de l’océan, sous un chaud soleil, confortablement lové dans le sable, bercé par le faible bruit d’un ressac çà et là troublé par les cris lointains d’oiseaux marins. Mais partout où l’on aurait pu respirer le bonheur et la paix, vivre dans le calme et la sérénité, ont presque toujours douloureusement fait irruption les regrets, les déceptions, la peine, le désespoir et la violence. Parfois même la mort.