Aux sources intellectuelles inédites de Libération sexuelle - une utopie philosophique oubliée du XIXe siècle
Le Nouveau Monde amoureux de Charles Fourier constitue un jalon fondamental et singulier de la pensée utopique et sociologique du XIXe siècle. Ce manuscrit, longtemps resté inédit, propose une exploration systématique et radicale de l'organisation des passions humaines au sein de la « Harmonie », stade ultime de l'évolution sociale selon Fourier. Loin d'être un simple traité théorique, l'ouvrage développe une architecture sociale où le désir et l'attraction passionnée ne sont plus des forces de désordre, mais les moteurs d'une unité sociale et économique supérieure.Fourier y déploie sa théorie de « l'Attraction passionnée », postulant que les impulsions naturelles de l'être humain sont divines et doivent être harmonisées plutôt que réprimées. L'auteur analyse avec une précision quasi mathématique les différentes formes d'amour — de l'amitié à la passion composée — et propose des structures sociales inédites, telles que les Phalanstères, pour permettre leur plein épanouissement. Il y critique vigoureusement la « Civilisation » (son terme pour la société de son époque), qu'il juge hypocrite et contraignante, notamment dans sa gestion des relations affectives et sexuelles.L'intérêt documentaire de ce texte réside dans sa vision précurseuse des libertés individuelles et de l'émancipation, touchant à des thématiques qui préfigurent la psychologie moderne et les mouvements de libération sociale. Fourier y aborde la question du droit au plaisir, de l'égalité des sexes et de la reconnaissance de la diversité des inclinaisons humaines avec une audace qui détonne dans le paysage intellectuel de 1816. L'ouvrage se distingue par son style analytique, mêlant nomenclature complexe et observations sociales percutantes, offrant une lecture indispensable pour comprendre les racines du socialisme utopique et la critique de la morale bourgeoise.Ce traité, à la fois cosmologique et sociologique, s'inscrit aux côtés des grandes réflexions sur la cité idéale, tout en s'en distanciant par son refus de l'ascétisme. Il s'agit d'une pièce maîtresse pour les chercheurs en histoire des idées, en philosophie politique et pour tout lecteur s'intéressant aux théories de l'organisation sociale alternative qui ont connu une relative renaissance au tournant des années 1970.