« Les nuages. Personne, pas même Rémi, mon compagnon de jeu, ne les avait explorés mieux que moi. Quand ils envahissaient le ciel en troupeaux serrés, je me couchais dans l’herbe et, comme on tire à soi une couverture douillette, je me recouvrais de leurs édredons légers, les soulevais à ma guise, les écartais, les déplaçais, les fouillais jusqu’à ce que je la découvre, elle, ma mère, allongée sur sa couche molle, les seins gonflés de lait ouaté, les cheveux en lourdes mèches floches s’échappant d’une mantille épaisse brodée de fleurs blafardes et floconneuses.Rémi collait alors sa tempe à la mienne, suivait de son doigt pointé vers le ciel ces amas impondérables et mouvants que je poussais devant ses yeux clairs et demandait :- Tu l’as vue ? »Depuis l’enfance, la nature a toujours été pour l’autrice son guide silencieux, une source intarissable d’émerveillement qui a nourri sa sensibilité. Au fil de ses longs séjours professionnels à l’étranger, elle a appris à partager ce profond respect pour le vivant dont elle célèbre l’équilibre fragile dans la peinture, l’écriture et la photographie animalière.