L'art subtil du double sens - Une anthologie littéraire de la contrepéterie française
Publié originellement en 1934 aux éditions G. Briffaut dans la célèbre collection "Le coffret du bibliophile illustré", "La Redoute des contrepéteries" de Louis Perceau demeure, à ce jour, le premier ouvrage de référence intégralement et exclusivement consacré à l'art complexe de la contrepéterie. Ce recueil rassemble plus de 850 phrases à double sens, minutieusement compilées, classées et analysées par l'auteur. Louis Perceau y déploie une approche à la fois historique, linguistique et ludique, offrant au lecteur une étude détaillée d'une tradition humoristique française reposant sur la permutation de sons, de syllabes ou de mots.L'ouvrage s'ouvre sur une introduction explicative et historique d'une grande rigueur, dans laquelle l'auteur retrace les origines de la contrepéterie et en définit les règles de base. Perceau insiste sur un principe linguistique central : la contrepéterie est un exercice destiné à l'oreille et non à l'oeil. La lecture à haute voix s'avère donc requise pour saisir la subtilité des permutations phonétiques, l'orthographe devant s'effacer au profit du son. Cette règle absolue permet de comprendre la mécanique de ce jeu d'esprit qui, sous des dehors innocents et une rédaction en apparence anodine, dissimule une signification seconde, le plus souvent grivoise, érotique ou subversive. Le titre même de l'oeuvre file la métaphore : une redoute est à la fois un ouvrage militaire fortifié qu'il faut prendre d'assaut pour en percer le secret, et un bal masqué où il appartient au lecteur d'arracher les masques des mots.Pour structurer cette somme linguistique, Louis Perceau a divisé son recueil en quatre grandes parties méthodiques, suivies d'un supplément. La première partie est consacrée aux "Contrepéteries classiques", que l'auteur considère comme les seules véritables et les plus pures. Elles reposent principalement sur la mutation de deux consonnes placées en tête de mots ou à l'intérieur de ceux-ci. Perceau y détaille les permutations de consonnes simples ou liées, démontrant la précision mathématique requise pour réussir le trait d'esprit.La deuxième partie décrit les "Contrepéteries décadentes", une terminologie choisie par Perceau pour désigner les jeux de mots portant sur des voyelles, des diphtongues, des syllabes, des fractions de mots ou des mots entiers. Bien qu'il les juge moins académiques que les classiques, il en reconnaît la valeur humoristique et la créativité. La troisième partie, dédiée aux "Contrepéteries mixtes", combine habilement les mécanismes des deux premières sections, mêlant permutations classiques et décadentes, ainsi que des déplacements de syllabes et de consonnes simples ou doubles.L'édition de 1934 s'est distinguée par la présence de 52 illustrations hors-texte réalisées par Jacques Touchet. Ces dessins accompagnent et renforcent le propos de Perceau, ajoutant une dimension visuelle à l'humour grivois du texte. "La Redoute des contrepéteries" transcende alors le simple recueil de blagues pour s'imposer comme un véritable traité de linguistique appliquée. Il offre un témoignage précieux sur la langue française, ses sonorités, ses ambiguïtés et sa capacité infinie à se réinventer par le biais du rire et de la transgression. Ce texte demeure une lecture requise pour les amateurs de jeux de mots, les linguistes, et toute personne désireuse de comprendre les rouages de cet humour typiquement français.