La construction de la personne dans l'Occident médiéval
Le christianisme ancien peut-il éclairer la façon dont s'est construite l'intériorité dans l'histoire occidentale jusqu'à l'âge où émergent les sciences de la psyché ? Pour répondre, le livre saisit le sens de la « construction » chrétienne de soi dans l'équivoque d'une « maison de Dieu » collective (les pierres vivantes que sont les fidèles) et personnelle (l'enveloppe humaine comme lieu d'accueil de Dieu qui y construit sa maison). Il montre comment la grande époque de monumentalisation de l'Église en Occident (800-1200) marque une intensification de la référence à une construction intérieure en phase avec l'architecture de la société : c'est tout à la fois le temps du renouveau du genre des « confessions » inspiré d'Augustin, du grand essor de l'exégèse des monuments bibliques et de l'efflorescence de discours mystiques propres à faire de l'intériorité une « maison », corps et âme, semblable au sanctuaire d'Église. Le domicile particulier des fidèles se construit en référence à l'église, comme si le bâtiment de la communauté pouvait se répliquer, en réduction, dans les intérieurs domestiques.