Les maîtresses de la place
Comment les Marseillaises ont-elles participé à l’essor économique de leur ville aux XVIIe-XVIIIe siècles ? Une nouvelle approche de l’histoire économique et urbaine en Méditerranée.À Marseille, aux XVIIe et XVIIIe siècles, les femmes occupent une place importante dans le commerce urbain, jusqu’alors grandement occultée par l’historiographie. Des poissonnières des places publiques aux veuves de négociants, des boutiquières aux marchandes de rues, elles participent activement au développement de la cité phocéenne. À rebours de l’image stéréotypée des « criardes », ces femmes se révèlent inventives dans leurs manières d’agir, capables de contourner les obstacles juridiques, de diriger leurs propres affaires, de prêter de l’argent ou de louer des boutiques, de mener des expertises et de s’imposer dans des secteurs nouveaux. En cela, elles contribuent directement à l’essor économique de la cité portuaire. Ces Marseillaises circulent dans les rues, animent les places et les quartiers, et, par leur travail quotidien, participent à l’approvisionnement comme à la prospérité de la ville. Certaines, à travers la diffusion de produits venus d’outre-mer, prennent part à la mondialisation. En redonnant chair à ces actrices longtemps invisibilisées, cet ouvrage, à la croisée de l’histoire économique, de l’histoire des femmes et du genre, de l’histoire du travail et de l’histoire urbaine, renouvelle notre regard sur la société urbaine et l’économie méditerranéenne d’Ancien Régime. Il montre combien l’histoire du commerce marseillais et de son port, et plus largement l’histoire économique et sociale de la ville, ne peuvent s’écrire sans ces femmes à la fois ordinaires et essentielles, au cœur de l’animation et du dynamisme de la cité phocéenne. Leur contribution, longtemps négligée, apparaît ici dans toute son ampleur.