« Est-il possible de douter de Dieu ? » (Coran 14, 11). Non, car cela relève du sentiment inné. Le sentiment « je » est un « secret » (sirr). Chacun l’éprouve sans pouvoir se le donner ni même l’expliquer. C’est l’énergie divine qui s’y révèle, le Soi lové en nous. « Dieu est l’âme de ceux qui croient… Dieu les aide par un Esprit émanant de Lui » ( 2, 258 et 58, 23). La vie humaine est un couple. Nous sommes à la fois en ce monde et hors de ce monde, un Absolu et cet homme sur terre qui vit d’impressions divines. Une pensée vient troubler le libre jeu des forces de l’âme et de l’Esprit. Elle provoque une cassure. L’âme est confondue avec le psychisme, une accumulation de mémoires, d’habitudes et autres reflexes acquis. Dieu n’est plus l’intériorité, l’Intimité de soi, il est renvoyé dans un au-delà inattingible. Les deux finissent par s’ignorer : « Ceux qui oublient Dieu, Dieu fait en sorte qu’ils tombent dans l’oubli d’eux-mêmes » (59, 19). L’étude de cette pensée « cassante » est une grande première. Elle est passée inaperçue chez les philosophes. La révélation coranique est appelée à l’aide pour la démasquer et la dépasser. C’est un dépassement formidable qui nous délivre déjà de la peur torturante de la mort, de tout ce qui prétendait nous réduire à une somme d’idiosyncrasies, tout environnée de présences potentiellement hostiles, nous définissant, « moi » et « monde », en perpétuelle confrontation. C’est un secret libérateur se libérant lui-même par la connaissance de soi. « Souvenez-vous de Moi, Je me souviens de vous » (2, 152).