''Chroniques d'un vampire en crise
Le croc du destin« Le destin, c'est comme une canine mal taillée : ça pique quand on s'y attend le moins. » Vladimiro, en pleine introspection.Vladimiro de la Roche-Tarée vivait seul depuis 312 ans. Ce n'était pas un choix, c'était une habitude. Il avait connu l'amour, la guerre, la poésie, et les gargouilles sentimentales. Il avait mordu des rois, des rats, des rêveurs. Mais depuis quelques décennies, il ne mordait plus. Il écrivait.Son appartement était situé au-dessus d'un salon de coiffure pour goules. L'enseigne clignotait en violet : Frissons & Franges . L'intérieur était sombre, humide, décoré de tableaux représentant des cercueils en fleurs et des portraits de poètes morts. Vladimiro dormait dans un cercueil pliable, modèle Mörkblöd, importé de Suède. Il buvait du jus de betterave. Il lisait Baudelaire. Il pleurait parfois, mais toujours en alexandrins.Ce matin-là, il se leva avec une migraine existentielle. Je suis vide, murmura-t-il. Vide comme un poème sans rime. Vide comme un baiser sans morsure.