La Montagne, le nouveau livre de Christophe Bourguedieu, est de prime abord fidèle à l’univers du photographe.Loin des pays étrangers où le photographe avait l’habitude d’opérer, il prend ici pour cadre la ville de Clermont-Ferrand. On y retrouve ses personnages mélancoliques, égarés dans des décors souvent vides, et les climatsintermédiaires qui sont sa marque. Très vite, pourtant, un sentiment particulier s’installe à la lecture. La montagnedu titre est bien là, en arrière-plan, les forêts aussi, et des rues, desmaisons, un viaduc. Des personnagessinguliers apparaissent. Fait inhabituel chez l’auteur, ils sont actifs et saisis dans unmoment particulier de leurvie, incarnant une dimension d’héroïsme ordinaire : une nageuse sur le plot de départ, une violoniste absorbée,un motard, une basketteuse aux ongles vernis…L’articulation des photographies, comme des « phrases » rythmées, dévoile progressivement une autre lecturedu récit. Dès l’ouverture, l’image décrit autre chose que ce qu’elle représente : la rue qui mène à l’usine Michelinet à ses cheminées fumant sous un étrange ciel orangé apparaît comme le théâtre d’une tragédie provinciale,les colonnes ainsi suggérées préfigurant, plus tard dans le livre, une image de forêt enchantée dans laquelleveille un chien blanc et où s’agitent des passions étouffées : un homme tire au pistolet, une jeune femmedétourne la tête, des rugbymen épuisés s’effondrent sur le terrain comme des chevaliers vaincus. Les élémentsd’un récit que le lecteur peut imaginer.