Légèreté ne signifie plus simplicité : elle exige désormais un équilibre subtil entre innovation et impact, où chaque décision architecturale engage un avenir partagé.Les nume´ros 83 et 84 de Faces sont consacre´s aux the`mes du le´ger et du lourd. Ces deux notions entretiennent souvent un rapport d'antonymie et d'antinomie ; elles signalent une opposition de deux propositions conceptuelles et pratiques entre lesquelles l'architecte doit en principe opter, en fonction du lieu, de la culture et de la tradition constructive dans lesquels il s'inscrit et en vertu de ses convictions esthe´tiques, techniques, e´conomiques, politiques ou e´thiques. Cette opposition en apporte quantite´ d'autres a` sa suite, parmi lesquelles l'e´phe´me`re et le durable, le mobile et l'immobile, la liberte´ et la contrainte, le fragile et le solide.Aujourd'hui, en raison des effets conjugue´s de l'explosion de´mographique, de l'e´puisement des ressources naturelles et du changement climatique, ce rapport d'opposition, assez pre´dominant dans la pense´e architecturale depuis la re´volution industrielle, semble se complexifier. Une multitude de questions se posent quant au ro^le et a` la mission des architectes : construire ou ne pas construire, de´molir ou transformer, faire appel a` des mate´riaux constructifs hautement transforme´s, ou plus naturels et avec des filie`res plus courtes ? L'ide´ologie moderniste, qui s'est souvent construite a` rebours des notions pe´joratives du lourd et du lent, se voit aujourd'hui conteste´e par la re´inte´gration de notions telles que l'inertie, l'usure, la patine du temps, la trace ou la ruine. Prendre en compte la durabilite´, c'est-a`-dire le temps long, nous oblige e´galement a` appre´cier diffe´remment ce qui apparai^t comme une nouvelle dualite´ entre les efficacite´s diffe´rentes du le´ger et du lourd, car, dans l'hybridation architecturale contemporaine, le lourd et le le´ger ne s'excluent pas ne´cessairement, peut-e^tre me^me qu'ils se comple`tent.Favoriser le lourd peut de´noter aujourd'hui une le´ge`rete´ e´cologique insupportable. A` l'inverse, pre´fe´rer le le´ger peut alourdir conside´rablement la consommation e´nerge´tique. Dans l'un et l'autre cas, le parti pris engage imme´diatement la responsabilite´ des architectes car il a un impact de´terminant en matie`re d'ine´galite´s sociales, à l'échelle locale comme globale.