En 1757, le traité de Burke (Recherche philosophique sur l'origine de nos idées du sublime et du beau) révolutionne la sensibilité artistique en dissociant le beau et le sublime ; en 1790, la question entre dans le champ de la métaphysique avec la parution de la Critique de la faculté de juger esthétique de Kant. A partir des Ballades Lyriques, de la Préface de Cromwell ou du Cours préparatoire d'esthétique de Jean Paul, c'est en fonction d'une triple perspective (rénovation du langage poétique, constitution d'un lyrisme métaphysique et visionnaire, politisation de l'esthétique) que peut être interrogée la naissance d'un sublime romantique. L'étude de textes de Diderot et de Schiller, de Wordsworth et de Shelley, de Hugo et de Michelet, révèle à quel point, de la fin des Lumières au romantisme, la question du sublime se constitue progressivement comme une mythologie active de la création poétique. Intensivisme tragique mais aussi philosophie des «belles âmes» à la fin du XVIIIe siècle, la parole et la pensée du sublime deviennent, au sein du romantisme, les moyens d'une quête renouvelée et parfois pleine d'inquiétude sur les conditions d'une «humanité idéale», en vertu d'une «métaphysique de l'esprit», fondatrice aussi bien d'un mystère individuel que des chants de l'utopie.