Ce qu’apprend exemplairement la philosophie de la technique de Simondon, c’est pourquoi il faut commencer par l’étude du mode d’existence des objets techniques, examiner, ensuite, les diverses manières dont les images et les représentations de la réalité technique se développent dès le plus jeune âge et continuent de s’affronter jusque dans les ouvrages spécialisés voire encyclopédiques, et, enfin, former, au moyen de la philosophie, une idée adéquate de la genèse dont provient la technicité et de ses relations, étroites et largement réciproques, avec les autres formes majeures de la culture que sont les divers modes de pensée et de rapport de l’homme au monde (magie, religion, esthétique, science, éthique, philosophie) : « Prise seule, la technicité tend à devenir dominatrice et à donner une réponse à tous les problèmes, comme elle le fait de nos jours à travers le système de la cybernétique » (MEOT, p. 225). « La technicité ne doit jamais être considérée comme réalité isolée, mais comme partie d’un système » (MEOT, p. 234). « L’essence de la technicité » ne peut être isolée de tout ce qui n’est pas technique.Jean-Yves Chateau est inspecteur général honoraire de philosophie