Dans l’art japonais, la représentation des saisons témoigne d’une sensibilité profonde à la nature. Dès l’époque de Heian (794-1185), la poésie et la peinture célèbrent la beauté changeante du monde. Le Kokinshu, célèbre anthologie de poèmes, associe déjà chaque saison à une émotion : la joie du renouveau printanier, la vitalité de l’été, la mélancolie automnale ou la sérénité de l’hiver. Inspirés par le bouddhisme et le shintoïsme, les artistes voient dans ces cycles naturels le reflet de la vie, soumise à la transformation et à l’impermanence.Cette tradition s’épanouit pleinement à l’époque d’Edo (1603-1868), lorsque l’estampe en couleur devient un art populaire. Parmi les grands maîtres de l’ukiyo-e, Hokusai, Hiroshige, Utamaro ou encore Harunobu se distinguent par leur virtuosité à saisir les variations et les métamorphoses de la nature avec une finesse inégalée : paysages enneigés, pluies d’été, lumières rougeoyantes d’automne ou éclosion printanière deviennent autant de poèmes visuels. À travers le cycle des saisons, l’estampe japonaise célèbre l’impermanence des choses et invite à contempler la beauté du monde dans sa perpétuelle transformation. Plus que de simples repères temporels, les saisons incarnent une relation intime à la nature, une philosophie de la vie, et deviennent un miroir de l’âme humaine, où la nature, toujours changeante, révèle la beauté fragile du temps qui passe.Véritable célébration des saisons, cet ouvrage déploie dans une reliure originale plus de quatre-vingts œuvres parmi les plus célèbres du genre. Grands voyageurs et passionnés de nature, les artistes ici représentés rendent hommage à une nature éblouissante et éternelle, au cœur de la pensée et de la culture japonaises, et nous invitent à redécouvrir la beauté simple des cerisiers en fleur, à goûter la fraîcheur d’un soir d’automne, à contempler les premières neiges immaculées, à surprendre l’envol léger d’un oiseau, à « vivre uniquement le moment présent ».