Approche historique
Il y a moins d’un sie`cle, l’e´cole de la Re´publique confrontait les enfants des re´gions non francophones a` une langue totalement diffe´rente de leur parler ordinaire qu’elle refoulait de la classe et me^me des re´cre´ations. On a souvent interpre´te´ cette situation comme une de´possession culturelle, produit du jacobinisme centralisateur et facteur du de´clin des langues minoritaires en France. Quel ro^le l’e´cole, ou ses substituts, joue-t-elle sur le destin des langues dans ces situations de partage linguistique ? Partant du cas breton, ce livre entend e´largir le regard sur cette question dans l’espace et dans le temps en convoquant l’histoire de l’e´ducation, l’histoire culturelle, la sociolinguistique et les e´tudes des langues minoritaires. De l’empire carolingien aux e´coles basques et bretonnes contemporaines, de l’e´ducation des princes italiens de la Renaissance a` celle de la noblesse russe du XVIIIe sie`cle, en passant par le recrutement de gouvernantes et pre´cepteurs e´trangers dans les maisons bourgeoises, de l’empire du latin enseigne´ en immersion, a` l’e´mergence du vernaculaire dans l’enseignement secondaire, de la politique unificatrice de la Re´forme allemande a` la varie´te´ linguistique tche`que et aux situations frontalie`res ou coloniales, des enque^tes du Second Empire sur les patois a` celles sur les pre´fe´rences linguistiques des e´le`ves kabyles, ce livre fait un large tour d’horizon permettant de repenser a` nouveau frais une proble´matique complexe dans une dimension comparative et historique. Et d’imaginer peut-e^tre d’autres combinaisons possibles et des rendez-vous manque´s...