La reliure parisienne connaît au XVIe siècle une évolution sans précédent de ses décors, favorisée par l’introduction de techniques ouvrant la voie à des créations de plus en plus sophistiquées. Cette transformation est aussi rendue possible par un environnement culturel brillant, porté par le mécénat royal et une clientèle fortunée de collectionneurs ouverts aux idées de l’humanisme. En quelques années, Paris devient ainsi la place incontestée de la création et de l’innovation en matière de reliures richement ornées.S’appuyant sur l’examen des reliures issues de deux collections très présentes à la Bibliothèque nationale de France : la bibliothèque de Jean Grolier et la « Librairie du roi », Fabienne Le Bars analyse ici cette évolution. Au-delà de la relation des commanditaires aux ateliers de reliures qu’elle met en évidence, elle étudie la manière dont les décors sont élaborés, identifie les correspondances entre les reliures et les recueils d’ornements contemporains et atteste ainsi leur lien avec les arts décoratifs de la Renaissance. Les dates chronologiques ne sont pas uniquement symboliques : 1525, c’est la défaite de Pavie et la fin des ambitions politiques françaises en Italie, événement qui, pour le domaine de la reliure, n’est pas sans conséquence sur le déplacement vers la place parisienne d’un mécénat jusque-là limité en la matière ; 1565, c’est l’année du grand tour du jeune roi Charles IX à travers le royaume, est aussi celle qui voit la fin des commandes royales d’envergure et la mort de Jean Grolier, dont le nom reste définitivement attaché à cet âge d’or de la reliure française.