On croit que la mort est venue et repartie ; que l'enfance est partie et revenue ; qu'elles se parlent. Du moins le crois-je, par moments. Mais c'est « je » qui s'y croit ; sa chance (imméritée) est que les poèmes, eux, n'y croient guère.Ils prennent un autre cours. Non pas récit, ni plaidoirie : éclats formés par le temps variable ; écrans où naissent d'autres empreintes - de vies réelles et proches, dans leur envie ou leur peur de finir. Du moins ce que j'en ai perçu, le nez dessus.Non que des bribes émane l'innocence, ni le vrai ; elles permettent aussi bien la fuite et l'à-peu-près. Mais si un poème existe, c'est sans mûrir sa justification ; c'est aux dépens de mots qui dans son cas - sous sa peau - baratineraient.Quand je dis mots, il suffit d'une syllabe ; là d'abord est la preuve, le recours. Il arrive qu'on sache pourquoi un poème bouge ; ou qu'on se borne à sentir ce qu'il sent. Encore faut-il, éclairé ou aveugle, qu'on l'en croie.