Paru initialement en 1906, Les classes rurales en Bretagne du XVIe siècle à la Révolution s’est imposé comme l’une des études majeures consacrées aux sociétés paysannes d’Ancien Régime. S’appuyant sur un ensemble exceptionnel de sources seigneuriales, fiscales et judiciaires, Henri Sée propose une analyse structurée des cadres qui ont organisé la vie rurale bretonne pendant plus de deux siècles. L’ouvrage ouvre sur la condition personnelle des paysans et les formes de dépendance encore actives à l’époque moderne, avant d’examiner les mécanismes de la propriété foncière et le rôle déterminant des seigneuries dans l’encadrement des terres et des hommes. La troisième partie, l’une des plus substantielles, étudie de manière systématique le régime seigneurial : aveux, réformations, rentes, corvées, droits de justice, banalités, péages, droits d’usage, dîmes. Henri Sée y montre comment cet ensemble d’obligations, en partie hérité du Moyen Âge, s’est transformé puis alourdi au XVIIIe siècle, au point de devenir l’un des foyers principaux du malaise rural. L’auteur aborde ensuite les différents modes de faire-valoir des terres (fermage, métayage, domaine congéable, complant) et la place qu’y occupent journaliers et domestiques. La fiscalité royale, autre levier essentiel de la pression pesant sur les campagnes, fait l’objet d’une étude précise permettant de situer le cas breton dans les évolutions générales du royaume. L’ouvrage se clôt par une analyse fine de l’exploitation agricole, des progrès techniques du XVIIIe siècle et des conditions matérielles et morales des paysans, incluant la pauvreté chronique et les formes de participation politique des communautés. Par la rigueur de son enquête et l’ampleur de son champ, ce livre demeure une référence pour les historiens de l’Ancien Régime, de l’économie rurale et des sociétés provinciales. Cette réédition met de nouveau à disposition un texte fondamental pour comprendre la longue durée du monde paysan breton et les dynamiques qui ont préparé la rupture révolutionnaire.