Préface d’Ariane Bois Avant-propos et annotations de Corry Guttstadt Postface de Caroline Pozmentier
Le parcours d’Albert, restitué ici avec la complicité de Régine Zohar, est d’une grande singularité : il a été sauvé grâce au passeport turc de sa mère Rebecca qui y avait fait figurer ses trois fils : Albert et ses frères Nisso et Jojo, tous nés à Paris. Mais l’exemption des mesures antijuives conférée par la nationalité d’un pays neutre – dont elle n’est, heureusement, pas déchue –, n’empêche finalement pas son internement au camp de transit de Drancy avec Jojo, le 20 mars 1944, vite rejoints par Albert et Nisso amenés par la gendarmerie de la Nièvre où ils ont été placés en août 1942. Son passeport lui permet alors de revendiquer son droit à être rapatriée en Turquie, avec ses enfants. Le 12 avril 1944, la famille – sans le père, Moïse, décédé d’une maladie en octobre 1941 – part de la gare de l’Est, puis traverse l’Europe en guerre jusqu’à Istanbul, ville d’où était parti le couple, en 1930. Pour Albert, c’est le début d’un séjour fondateur au sein des chaleureuses familles de ses parents, une imprégnation de sa culture sépharade et de sa langue, le judéo-espagnol. L’historienne Corry Guttstadt, spécialiste de la Turquie et de la Shoah, nous offre son analyse éclairante de l’ambiguïté de la politique turque à l’égard des Juifs. Ainsi mesurons-nous la chance d’Albert et des siens d’avoir été parmi les quelques centaines de Juifs soustraits à l’extermination organisée par les nazis grâce à leur rapatriement en Turquie, d’autant que, plus de 2 000 de ses expatriés ont été déportés de France vers la mort. Avec ce livre, Albert veut aussi expliquer les ressorts de ses engagements et de l’énergie déployée dans la transmission de la mémoire de la Shoah, la reconnaissance du sort des Sépharades et la valorisation de la langue et de la culture judéo-espagnoles.