Une électrocution un 15 août, il faut être une sorte de génie... Une sorte de génie, surtout lorsqu’on porte des « trucs » - des appareils auditifs. Alors qu’elle n’a que 25 ans, Zoé Besmond de Senneville apprend qu’elle est atteinte d’otospongiose, une maladie qui va lui faire perdre l’audition. Ce handicap, elle décide d’en faire une matière littéraire et une source de création. Pour survivre. Alors elle raconte, elle continue à raconter, « parce que sinon, qui le fera » ?Dans ce texte, l’autrice fait cependant plus que témoigner : elle nous emmène au cœur de l’expérience que la surdité représente, son quotidien, la relation aux autres, à l’amour, au langage. Électrocardiogramme est une poésie à la frontière du feuilleton documentaire et du journal intime, une écriture qui nous projette dans le flux des pensées de la poétesse. Les séances de piscine, les consultations médicales, l’attente aux urgences après une électrocution… La maladie de la mère, aussi. La rue devient un lieu de chorégraphies et d’énigmes, l'hôpital se mue en atelier littéraire, le poème ausculte les doutes, les obsessions, l’écriture se fait refuge dans l’attente. Le lecteur éprouvera le débordement vécu par l’autrice elle-même. Écriture-secousse, entre accumulation et disparition, le poème devient matière sonore et graphique. Le langage se transforme en dispositif de perception, d’une sensualité inattendue : le corps vibre, les corps se répondent et entrent en résonnance face aux affleurements du monde ; les frontières se brouillent et se superposent.Sans jamais se départir d’une autodérision et d’un humour noir qu’elle utilise comme mécanisme de survie, Zoé Besmond de Senneville refuse le pathos pour dévoiler une vulnérabilité sans artifice, laissant la langue régresser vers les pensées magiques de l’enfance, celles qui permettent de surmonter les traumatismes, pour se réapproprier sa liberté, sa féminité, sa vie.