Au XVIII? siècle, la connaissance du terrain devient un enjeu stratégique au coeur de l'art de la guerre. Mais qui produit réellement les savoirs géographiques mobilisés par les armées ? Longtemps attribuée presque exclusivement aux ingénieurs militaires, la géographie militaire apparaît ici sous un jour nouveau.S'appuyant sur une enquête quantitative inédite et sur un vaste corpus d'archives, cet ouvrage restitue la diversité des acteurs engagés dans la production de ces savoirs, en replaçant les ingénieurs au sein d'un univers professionnel plus large : celui des topographes aux armées. Il met en évidence les conditions, autant institutionnelles que politiques, qui ont permis aux ingénieurs d'imposer progressivement leur domination sur ce champ en construction.En montrant comment ces acteurs ont contribué à la rationalisation des pratiques et à l'élaboration d'une véritable science du terrain, au fondement des savoirs d'état-major, ce livre éclaire un moment décisif de transformation des savoirs militaires. Il propose également une réflexion plus large sur les mécanismes de production, de hiérarchisation et de légitimation des savoirs, en interrogeant le rôle déterminant des institutions.À la croisée de l'histoire des savoirs, de l'histoire militaire et de l'histoire de l'État, cet ouvrage offre ainsi une perspective renouvelée sur la formation des disciplines et sur les dynamiques sociales et politiques qui les structurent.