Le marché n’organise plus seulement les échanges mais tend à régir la société tout entière. La rentabilité s’impose comme critère dominant, tandis que l’accélération, autre figure du court-termisme, devient une dynamique autonome. En étendant ses logiques au travail, à la vérité, au vivant, cette société de marché altère jusqu’aux conditions mêmes de la vie. Sociale, écologique ou électorale, la crise est une crise d’orientation. Que peut encore proposer la gauche quand le capital contourne les règles collectives, que l’intime est livré aux logiques de captation, que le progrès a été dévoyé, et que l’extrême droite prospère sur ce vide de sens ? La société digne est un appel à réencastrer l’économie dans la délibération démocratique en rouvrant une capacité collective à dire ce qui compte vraiment, pour toutes et tous. À l’heure où se prépare une nouvelle séquence présidentielle, cet essai propose moins un programme qu’une orientation : déplacer le débat public des seuls moyens vers les finalités pour retrouver un horizon partagé.