La pensée politique dont vous êtes le héros
Une voix émerge, insondable : : « Il n'y a rien. »Il s'agit de la première phrase de Disco Elysium, sur un écran noir. Il est vrai que lorsque le jeu surgit en 2019, il donne la sensation rare de n'avoir eu aucun précédent réel, qu'il n'y avait rien avant lui. Rien d'aussi frontal, d'aussi dense, d'aussi déraisonnable dans sa manière d'écrire le jeu vidéo.Ce surgissement n'est pas neutre. Disco Elysium vient d'Estonie, un pays dont la mémoire est faite de fractures, d'occupations, de reconstructions forcées. C'est un territoire qui a connu l'effondrement soviétique, l'irruption brutale du capitalisme, la réinvention accélérée d'une identité nationale. Le jeu porte en lui cette stratification historique. Le monde de Disco Elysium est cette Europe de l'Est transfigurée en mythe mélancolique et pitoyable. Il est la trace des utopies broyées par le siècle. Avec ses grandes douleurs, ses incompréhensions et ses courroux, rarement une oeuvre aura rassemblé à ce point l'ambition romanesque, la radicalité idéologique et une maîtrise des systèmes de jeu aussi singulière.Disco Elysium est un titre qui s'insinue, qui demeure. Un jeu qui porte en lui autant de mots a-t-il pour autant tout dit ? L'auteur Arnaud Hallet propose avec ce livre d'en explorer les strates, pour mieux en révéler la richesse et la complexité.