Une analyse de l'univers de Claire Illouz par le philosophe, essayiste, romancier Pierre Péju.Les œuvres de Claire nous confrontent à la luxuriance prodigieuse du végétal le plus banal, celui que nous ne considérons qu’à peine, au bord des routes et dans les terrains vagues. Quand la main de Claire passe du carnet, à l’esquisse, puis à la plaque à graver, elle substitue à l’effleurement de la mine du crayon, le creusement risqué et toujours inquiet du cuivre, et parvient à rendre, avec une grande précision, les débordements prémonitoires des branches, de l’herbe et du feuillage. Chez Claire Illouz, peintre et graveur d’une exceptionnelle maîtrise, ces visions et sensations, annonciatrices d’une catastrophe possible, deviennent des tableaux, des évocations inoubliables de la grande invasion silencieuse, de l’implacable progression des « conquistadors » végétaux, avant la fatale « occupation » des sols, et de ces sous-sols mystérieux où ne subsistent que les restes dérisoires d’anciennes activités humaines.