L'Odyssée de l'Alto Paraguay suivi de L'ormeau de Toro
Seul le capitaine semblait savoir à quel endroit se tenait le lit du fleuve, connaissait ses affleurements et bancs de sable selon les saisons. Derrière la cloison ajourée de l’espace commun, Amon intercepta le regard qui l’avait à l’œil. En arrière-fond montait un concert grandissant. Des milliers de plantes aquatiques, de reptiles et d’amphibiens, de poissons et d’oiseaux s’y ébattaient. Petit à petit, le vaisseau pénétra dans une véritable symphonie, un tintamarre d’échanges et d’alertes, d’appels entrecroisés, de cris et de clameurs superposées ; entremêlant des sons perçants et rauques aux crécelles des bécassines de Magellan, chacun percevait tous les autres et répondait aux siens, couvrant le bruit du moteur. Ce vacarme de vie devint tel qu’il empêcha toute pensée et fit exploser de joie Amon.