Entre le moment où Zénon de Cittium fonde l’école stoïcienne en -301 et la mort de Marc Aurèle en 180, cinq siècles s’écoulent et l’unité doctrinale se transmet, chaque maître contribuant à l’édifice. Pour rendre compte de la richesse et de la force de cette pensée, nous cheminerons à partir de ces cinq orientations majeures : la finalité de l’existence humaine est la vie heureuse que, seule, la vie vertueuse peut réaliser ; il faut donc suivre les vertus, fuir les vices, faire un bon usage des indifférents (1). Comme le monde est un Tout harmonieux auquel la Raison cosmique préside et que nous en possédons en nous une « étincelle », il faut « vivre sous le commandement de la raison » (2). Celui-ci repose sur l’acquisition pérenne de la triple discipline : des désirs, des devoirs, de l’assentiment (3). La philosophie est un mode de vie qui veut mettre pleinement en œuvre cette triple discipline. La logique, la physique, l’éthique la constituent et chacune porte en elle les savoirs nécessaires pour la vie heureuse mais c’est la philosophie qui en assure la synergie et la mise en pratique effective (4). Ici, la priorité est dans le travail pour supprimer, ou au moins déjà réduire, nos faiblesses dans les multiples formes qu’elles prennent. Ainsi, le mode de vie philosophique et l’exercice permanent qu’il impose nous font progresser vers une vie conforme à notre nature d’êtres raisonnables (5). Jean-Marc Bryard est professeur agrégé de philosophie, il enseigne au lycée international Charles de Gaulle à Dijon. Il est également chargé de cours à l’université de Bourgogne depuis 2015. Il a publié Les Stoïciens (2022) et Les Epicuriens (2024) aux éditions Ellipses dans la collection « Pas à pas ».