Continent trouble de la pensée
Tour à tour référence matérielle et phantasme historique, l’Amérique, site d’une pulsion de mort nationale, a fini par sortir de ses gonds et constituer une menace mondiale. Si le chemin destructeur sur lequel elle est engagée a été ouvert par certains suprémacismes philosophiques, il a aussi été marqué par d’autres types de pensée, notamment la psychanalyse. En tant qu’objet de phobie ayant à la fois rebuté et fasciné poètes et philosophes des deux côtés de l’Atlantique, l’« Amérique » opère comme un philosophème qu’on retrouve aussi bien dans la pensée de Marx que de Nietzsche, Rilke, Freud, Heidegger, Arendt, Cavell, Pasolini et Derrida.Cet essai retrace le traumatisme non résolu d’une Allemagne déplacée en Amérique à la fois sous la forme d’une souveraineté prédatrice et d’une zone de danger philosophique. Le livre s’ouvre sur une analyse de l’« affreux Américain », selon l’expression d’Arendt, en répertoriant les désaveux qui définissent l’emprise nihiliste des États-Unis et leur divorce inaccompli avec la « vieille Europe ».