Lectures « païennes », juives et chrétiennes sous l’Empire romain
Sous l’Empire romain, l’oeuvre de Platon joue un rôle fondamental dans plusieurs traditions lettrées : la philosophie bien sûr, mais également les textes juifs et chrétiens d’expression grecque, dont la prise en compte est nécessaire pour bien comprendre ce qui se joue à cette époque dans la réception du philosophe, y compris chez les platoniciens. Des trois côtés apparaît une idée commune : Platon serait avant tout un théologien, un philosophe qui a parlé de Dieu et des moyens de lui ressembler, voire de s’unir à lui.Ce livre illustre l’émergence de cette idée en conduisant le lecteur du mot « théologie » utilisé pour la première fois dans la République aux mythes de Platon, en passant par la théologie négative, le « créateur et père de cet univers » dans le Timée, les trois « rois » de la Lettre 2, la « ressemblance » à Dieu évoquée dans le Théétète, et finalement la curieuse image utilisée par Socrate en République IX pour parler des trois composantes de l’âme.D’Apulée à Proclus, de Philon à Eusèbe, des textes coptes de Nag Hammadi à la théologie patristique, se trouve ainsi retracée la constitution d’une exégèse multiple, dans laquelle Platon est souvent relu à la lumière de postulats qui lui sont étrangers, ou dans laquelle, par un mouvement inverse, sa pensée nourrit la formulation d’idées nouvelles. D’un texte à l’autre, une archéologie se dessine, qui pointe parfois en direction du platonisme de la fin de l’époque hellénistique, autour de la figure mystérieuse d’Eudore d’Alexandrie.