Les déplacements forcés des éleveurs de rennes
Les vieux s'en souviennent : l'année 1919 où l'État suédois força les Samis et leurs immenses troupeaux de rennes à quitter leurs terres du Nord, qu'ils arpentaient depuis des millénaires, c'est l'année où le coucou a chanté. Pour les Suédois, il s'agissait d'une simple délocalisation afin de clarifier la zone frontalière avec la toute jeune Norvège ; mais pour les Samis, ce fut un traumatisme, l'arrachement à une terre, la dislocation d'un peuple nomade, la fin de la « civilisation des rennes ». Pour ce livre magnifique qui a reçu le prestigieux prix August de la non-fiction, Elin Anna Labba, elle-même petite-fille de déplacés, s'est rendue sur la terre natale perdue de ses ancêtres. Tissant les souvenirs des derniers témoins, les documents historiques, les chants et les photographies, elle redonne sa voix à tout un peuple invisibilisé, sa poésie, sa vision du monde et de la nature, réparant ainsi un peu de ce que l'oppression et le désespoir avaient brisé.