Territoires, abandon ou rebond ?
Depuis plusieurs décennies, la question territoriale est devenue l’un des angles morts du débat public. On parle d’aménagement, de décentralisation, de compétences. Plus rarement de vie quotidienne. Or c’est bien là que se joue l’essentiel. Les territoires n’ont pas seulement perdu des services publics ou des commerces : ils ont souvent perdu leur fonction économique. Il y a aussi un sentiment d’abandon, dont le ressenti dépasse souvent la réalité statistique. Ce déclassement vécu, fait d’expériences concrètes et répétées, est devenu au fil du temps un terreau favorable aux partis populistes. Ce rapport au territoire est devenu un marqueur social. Pour certains, la mobilité est une ressource, une ouverture, une liberté. Pour d’autres, elle est une obligation, un coût, une fatigue. Pour autant, nos territoires ne sont pas condamnés. Leur rebond ne sera ni automatique ni uniforme. Réinventer les territoires ne signifie pas revenir en arrière, ni plaquer des modèles uniques. Cela implique de redonner une place centrale aux spécificités locales et à des projets ancrés. C’est à cette condition que les territoires cesseront d’être perçus comme des zones de seconde classe. À l’approche des élections municipales de 2026, une question s’impose donc : voulons-nous encore permettre aux territoires français de rebondir, ou avons-nous renoncé à les penser autrement que comme un décor du passé ?