Je suis là, dans cette chambre, je suis là dans ce lit. Et je me chie dessus. J’ai la sonnette dans la main, je ferme les yeux. Je sens l’odeur qui se répand. Quand je vais sonner tout va s’allumer, elles vont rouspéter puis elles vont se reprendre. Je ne suis qu’un pauvre vieux à leurs yeux. Il y en a une, un peu plus con que les autres qui m’appelle « chouchou ». Je trouve cela pathétique mais je ne dis rien. Je n’ai plus rien à dire. Pourtant il y a longtemps, c’était au siècle dernier, au milieu de ce siècle, si j’avais parfois l’impression de me chier dessus c’était dû à la peur qui me caressait le dos, et non pas à l’incapacité à me lever d’un lit.La peur, on a vécu pendant des années avec, les copains et moi. La peur, cela ne s’apprivoise pas vraiment. On s’endort avec.Agé de 47 ans, et papa de deux petits garçons, Jean-Baptiste Lassource est un ancien cadre commercial, devenu Aide-Soignant dans un service hospitalier. Passionné par la période de l’occupation allemande, il a souhaité rendre hommage aux résistants d’hier et d’aujourd’hui.