Le tigre avait donc une vue sur l’ensemble du paysage. Il contemplait ça avec une certaine bonhomie, si l’on peut dire. Il se prélassait dans une sourde félicité. Il voyait les animaux qu’il pourrait manger si la chasse ne donnait pas comme il voulait. La région était giboyeuse, mais parfois une proie facile était tentante. Les humains ne l’importunaient pas. Mieux?: ils prenaient soin du cheptel. Une parfaite entente, un monde idéal. Les autres tigres ne venaient pas dans le coin. Il était bien trop gros. Parfois, à la saison du rut, une femelle venait se faire engrosser derrière une haie de figuier. Il avait des descendants aux alentours, mais pas un pour le défier. Il régnait sans partage. Il se couche sur le côté, s’offrant au soleil. Il se lèche la patte, remue une oreille agacée par une herbe ou une libellule. Il s’endort sans pour autant cesser de surveiller les alentours. Pas bien loin, une petite vipère se faufile dans les herbes. Il agite sa queue pour chasser les mouches. Parfois aussi, il se met sur le dos, les quatre pattes levées vers le ciel. Il se repose en parfaite sécurité.Ancien des troupes de marine, il a servi au sein de nos représentations en Asie. De nature curieuse, il en a absorbé toute la violence, la beauté, les raffinements et les douceurs parfois lourdes de menaces. Il nous restitue volontairement cela de manière brutale et sans retenue.