Aussi insaisissable qu'irréductible, la poussière ouvre l'expérience singulière d'un entre-deux où s'explorent les frontières du visible et de l'invisible, de la présence et de l'absence, de la physique et de la métaphysique. Si les arts plastiques et la poésie des XXe et XXIe siècles sont marqués par sa présence pulvérulente et s'ils partagent la conviction de sa fécondité paradoxale, les travaux qui s'y consacrent sont nombreux en histoire de l'art, mais rares dans le domaine des études sur la poésie. Cerner la spécificité de l'approche de la poussière par les poésies française et étrangères de l'ère moderne et contemporaine constitue l'objectif de cet ouvrage, qui entend déployer la diversité de ses enjeux, tant esthétiques que métaphysiques. Les contributions qu'il réunit, dialoguant les unes avec les autres selon certaines lignes de force (la dispersion, la destruction, la germination) se répartissent en quatre temps : « Poussières sculptées », « Pulvérisations et survivances », « Paysages émiettés, sujets pulvérisés », « Du visible à l'invisible ». Leurs effets d'échos rendent sensible la labilité d'un élément qui fascine la modernité poétique en engageant un vertigineux rapport au vide.