1789-1791
Dans les récits de l'entrée en Révolution, le 17 juin 1789 marque le passage de la souveraineté du roi à celle de la Nation, par la fondation de l'Assemblée nationale et sa revendication du droit à fixer le montant des impôts. Dans les faits, pourtant, la transition d'une souveraineté à l'autre n'est que graduelle ; la séance du 17 septembre, puis le serment du Jeu de Paume, trois jours plus tard, ouvrent un temps de débats, de tensions et de construction progressive d'un « nouveau régime ».C'est par un double déplacement du regard, que ce livre entend explorer cette transition de souveraineté méconnue. Le premier délaisse les étapes majeures de l'élaboration de la Constitution de 1791, par le travail d'Assemblée, pour s'attacher aux modalités concrètes du passage d'une souveraineté à l'autre. Le second concerne les « souverains ». Plutôt que d'observer prioritairement les députés à l'oeuvre, l'ouvrage s'intéresse au « souverain » ancien et nouveau : au roi et à ses défenseurs, qui ne renoncent jamais totalement à la souveraineté royale, même si sa pratique s'efface peu à peu ; aux citoyens, qui expriment, en mots et en gestes, une attente de souveraineté, qui va parfois bien au-delà de ce qui est accepté par la majorité de l'Assemblée.