Ces dernières années, l'attentat terroriste est devenu une scène clé des mémoires collectives. Parce qu'elle a été dès la seconde moitié du XXe siècle la cible d'un terrorisme national actif, l'Espagne est confrontée très tôt aux questions relatives à la lutte pour la condamnation et la délégitimation de cette violence politique. Ainsi, lorsque le 11 mars 2004, Madrid est visée par une série d'attaques terroristes islamistes, c'est le spectre d'un terrorisme intérieur qui guide les premières réactions. Bien que leur paternité ait été rapidement révélée, la co présence de deux types de terrorisme dans le pays a entraîné une évolution majeure de la mise en récit de leur mémoire. Celle ci, que nous appelons mémoire terrorhistorique, ne s'écrit plus à la première personne mais collectivement. Les victimes ne sont plus seulement les personnes directement ou indirectement visées par la terreur mais une nation tout entière. Quelle forme prend alors ce nouveau récit ? La parole de ceux qui ont été présents occupe une place toujours plus importante sur le marché éditorial et se révèle cruciale pour reconstituer cet événement où tout n'est que destruction et confusion. Des témoins, des victimes, des terroristes publient leurs souvenirs de cette expérience en adoptant des modalités narratives spécifiques. Cette mosaïque testimoniale, où cohabitent parole victimaire et parole terroriste, met ainsi en lumière les défis auxquels doivent faire face les sociétés contemporaines.