Le capitalisme de notre siècle s’aveugle et nous aveugle avec force moyens sur ce que le livre désigne comme un «?antimodèle de réussite?» dont la force repose justement dans l’idée que ce système est une réussite.La modernité qu’on nous propose (impose) consiste à nous exercer à nous acclimater au changement climatique dont le pire est à venir, à nous faire accepter la disparition des espèces vivantes, la pollution des milieux, le saccage des ressources naturelles, les technologies toujours plus énergivores, la guerre des relations en société, la perte de sens de la démocratie.Pourtant, écrit l’auteur, «?l’incapacité du capitalisme à traiter les problèmes de la planète est si patente, qu’il est invraisemblable que le système tienne encore?». Le livre s’emploie à éclairer son emprise sur nos vies et nos façons d’être.La force du système, c’est de se mettre lui-même en scène pour nous aveugler par son discours écologiste alors qu’il bloque par sa logique propre toute action véritable qui permettrait d’éviter la catastrophe. Cette implacable logique mortifère est incarnée par le président américain avec son «?Drill, baby, drill?».Sans un aveuglement savamment entretenu, les sociétés se rendraient aux arguments de raison, de plus en plus évidents, en faveur d’un changement de modèle.Le spectacle de l’«?antimodèle?» capitaliste est monté pour nous aveugler en imprégnant notre quotidien. Modèle insensé de réussite, il parvient à faire de la catastrophe écologique la justification de son règne, en se présentant en sauveur.Enfin, le système est en guerre, tant sur le plan des concepts que de la logistique et de la communication, pour réprimer toute alternative, petite ou grande, réelle ou imaginée, qui entamerait sa domination. Pour y échapper, il n’est pas d’autre voie que de se pencher au chevet du problème et de sa mécanique, par laquelle le capitalisme persévère dans l’antimodèle – dans le paradoxe fou de sa survie sur une Terre qu’il aura brûlée.