De l’unité à la communauté : explorations historiques, sociologiques, cliniques et organisationnelles
Dans les représentations sociétales, l’hospitalisation en pédopsychiatrie est souvent envisagée comme un « ultime recours » : un lieu à part, séparé du monde, où les enfants et les adolescent·es seraient confié·es à des expert·es capables de les guérir, ou du moins de les « stabiliser ». Ces unités portent encore, parfois, l’empreinte de l’asile décrit par Erving Goffman : un espace où des personnes, mises à distance du monde extérieur, vivent ensemble dans un cadre étroitement organisé.Ces imaginaires deviennent facilement le réceptacle des vécus d’impuissance – et de toute-puissance, qui en constitue souvent le revers - éprouvés par les patient·es, leurs proches et les professionnel·les.Mais le travail de soin en pédopsychiatrie hospitalière se situe ailleurs. Il s’ancre dans une reconnaissance des limites : celles des soignant·es, des modèles théoriques, des savoirs scientifiques et des institutions elles-mêmes. Il suppose une forme d’humilité, des « capacités négatives » au sens du psychanalyste Adam Phillips, une collaboration étroite avec les familles et les réseaux, ainsi qu’une créativité constante dans les dispositifs de soins.Les unités hospitalières ne sont alors ni des lieux d’exclusion ni des espaces de toute-puissance thérapeutique, mais des lieux d’accueil, de pensée et de transformation, ouverts sur l’extérieur. S’y élaborent, avec l’enfant ou l’adolescent·e et son entourage, des chemins possibles lorsque les autres voies semblent, momentanément, impraticables.