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ROUZEAU Valerie
Publication date 10/05/2025
EAN: 9789969525182
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Sept questions à Mary Noonan1/ Une autobiographie en quelques mots.Née à Londres, et élevée à Cork, j’ai vécu à Bruxelles et à Londres, avant de retourner à Cork. Je suis professeure de littérature française à l’université de Cork. J’ai commencé à éc... See full description
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Common books attribute
PublisherAPIC EDITIONS
Page Count114
Languagefr
AuthorROUZEAU Valerie
FormatBook
Product typeBook
Publication date10/05/2025
Weight1 g
Dimensions (thickness x width x height)0.50 x 14.00 x 19.00 cm
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Sept questions à Mary Noonan1/ Une autobiographie en quelques mots.Née à Londres, et élevée à Cork, j’ai vécu à Bruxelles et à Londres, avant de retourner à Cork. Je suis professeure de littérature française à l’université de Cork. J’ai commencé à écrire et à publier des poèmes après la mort de ma mère, en 1998. Dans mon esprit, mon entrée dans la poésie coïncide avec sa mort. J’ai publié mon premier recueil de poèmes, The Fado House, en 2012, et mon deuxième, Stone Girl, en 2019. Mon troisième – sans titre pour le moment – sortira en 2025/2026. Il s’agit d’un recueil d’élégies pour mon compagnon, le poète Matthew Sweeney, qui est décédé en 2018.2/ Comment répondre à une injonction brusque : « Définissez la poésie. »Impossible à définir ! Mais pour moi, le poème doit rendre le monde, la vie étrange. Le poème est un obstacle à la compréhension, à notre quête du sens. La poète est à la découverte de quelque chose, mais elle ne sait pas très bien ce que c’est – cette « chose » se révèle au courant de la composition du poème. Le poète doit découvrir les moyens d’excéder ses frontières cognitives « normales », et d’après Seamus Heaney, « faire une rafle dans l’inarticulé ». C’est de ce conflit entre le verbe et le pré-verbal que naît le poème. Le poème est perturbant et pour le poète, et pour le lecteur. Et cette perturbation a lieu au niveau du langage. 3/ Prose et poésie, la distinction a-t-elle un sens ?Pas tellement. Il y a de la prose qui a la densité, l’économie linguistique et l’intensité affective du poème. Et il y a la tradition du « poème en prose » – depuis Baudelaire, Rimbaud, au moins. Et je constate parmi les jeunes poètes d’aujourd’hui, le désir de faire tomber les barrières entre les genres, d’instaurer un glissement dans tous les sens. Tout est matériau pour le poème, et le poète se sent libre de piller dans toutes les formes. Mais le poème reste distinct de la narration, du récit. En général, le poème ne raconte pas. Le poème représente un dérangement de sens, pour citer Rimbaud, mais aussi un dérangement au niveau de la langue. 4/ De la forme (et du formel) en temps de crise.La forme rassure. On aime les règles, les contraintes, les structures préétablies. Comme un enfant, la poète se trouve rassurée, et peut-être confortée, quand elle se retrouve à l’intérieure d’une tradition qui semble la protéger. Et surtout en temps de crise, quand le monde semble au seuil du catastrophe, de l’écroulement, on aurait besoin de ce sentiment de sécurité. On aurait envie, peut-être, de se recroqueviller, de croupir dans la coque des formes établies et testée par nos prédécesseurs.La forme est aussi un bon moyen de distraire la pensée analytique. Et quand l’esprit plus ou moins rationnel est préoccupé par les règles de la prosodie, la matière qui d’habitude reste enfouie dans l’inconscient, au niveau du moi préverbal – et qui ne peut pas être voulue ou forcée – peut être déclenchée. Dans un sens, donc, la forme peut distraire la raison pour que l’inarticulée puisse s’infiltrer dans les mots.Ceci dit, tout poème est formel – que ce soit la forme de la tradition ou une forme inventée par la poète à l’occasion de l’écriture du poème. Chaque poème interpelle sa forme.5/ Quel avenir pour la poésie ?Dans les pays anglosaxons, le nombre de personnes qui écrivent la poésie, et qui la publie, est en croissance. Il y a de plus en plus de poètes ! Donc, en principe, la poésie est en bonne santé. Dans ces pays, il y a aussi le phénomène des licences et des maîtrises en ‘creative writing’. Ces programmes produisent des diplômés qui, à leur tour, veulent enseigner, au niveau universitaire, l’écriture, y compris la poésie. Et il y a une demande pour ces cours. Plus l’intelligence artificielle essaie de nous contrôler, plus on désire trouver des moyens d’exprimer notre condition. Mettre en mots l’espèce humaine, après Antelme. Notre condition de femme ou d’homme. Je pense aux vers de Benjamin Fondane, écrits deux ans avant sa mort à Auschwitz :souvenez-vous seulement que j’étais innocentet que, tout comme vous, mortels de ce jour-là,j’avais eu, moi aussi, un visage marquépar la colère, par la pitié et la joie,un visage d’homme, tout simplement !(Benjamin Fondane, L’Exode, 1942)L’intensité de l’interaction des mots et du corps qui est demandée par la pratique poétique me semble propice à l’expression du cri humain. Trouver une forme verbale qui donnerait vie à ce visage marqué par la colère, par la pitié et la joie. « L’absurde naît de la confrontation de l’appel humain avec le silence déraisonnable du monde » écrit Camus dans son essai Le Mythe de Sisyphe. La poésie en naît aussi. Et comme dit Beckett, « On a le temps de vieillir. L’air est plein de nos cris. » (En attendant Godot) La poésie donne voix à notre appel, à nos cris.6/ La part de la prosodie dans l’élaboration du poème.La poésie est essentiellement une forme orale, et donc elle fonctionne à travers le son – que ces sons soient mélodieux, dissonants, ou entre le...