Poids de balance et représentations du pouvoir dans le commerce de l'Antiquité tardive (IVe-VIIIe siècle)
Comment faire l’histoire culturelle d’un instrument commercial ? Ce livre explore l’une des plus grandes révolutions métrologiques de l’histoire : la normalisation des poids de balance dans l’Empire romain tardif. Du IVe au VIIIe siècle, changeurs, percepteurs et marchands faisaient usage de balances et de poids précieux et rigoureusement normalisés. Les matériaux mobilisés, les représentations impériales et chrétiennes comme les inscriptions gravées par une poignée d’ateliers constituaient autant de références à l’univers visuel des populations urbaines. Loin de n’être que de simples instruments, ces poids étaient autant d’acteurs à part entière d’un œkoumène à la fois romain et chrétien. Produits par l’administration impériale, ils signifiaient aux citoyens leur appartenance à une même communauté politique, tissée de signes, d’objets et de gestes. Ce sont les enjeux anthropologiques de ce phénomène méconnu que ce travail cherche à mettre en lumière. Typochronologie, cartes de répartition, prosopographie, analyses technologiques sont autant d’outils employés afin de produire une première synthèse problématisée sur ce matériel. L’étude sémiotique du décor de ces instruments est au principe de la démonstration. Il apparaît en effet que l’esthétique de ces poids jouait un rôle significatif dans leur réception au sein de l’espace marchand. L’apparence de l’instrument, intégrée à un dispositif de contrôle comprenant techniques, discours et personnel spécialisé, participait à sceller le consentement à l’impôt au cœur d’un commerce densément monétarisé et centré sur Constantinople. Qu’il s’agisse de lourds contrepoids à l’effigie de Rome personnifiée ou de sceaux de verre destinés à la pesée de la monnaie d’or, l’étude de ces petits monuments paramonétaires permet de révéler un phénomène singulier de production des représentations politiques entre Antiquité et Moyen Âge.