Le dossier «Drones, cartographie et images automatise´es » aborde la production d'images par ces technologies – les satellites, les sondes spatiales, Google Maps, les came´ras de surveillance, les te´le´phones portables ou les drones – afin d'en interroger les implications a` des niveaux tre`s divers. En analysant la repre´sentation de ces dispositifs de surveillance dans le cine´ma d'action hollywoodien, Alain Boillat examine autant l'expression implicite des angoisses suscite´es par l’utilisation de ces technologies a` travers leur manifestation die´ge´tique que leurs caracte´ristiques visuelles et narratives, en insistant sur l’interconnexion entre les proprie´te´s des machines figure´es et le support me´diatique qui les repre´sente : le cine´ma lui-me^me. En retrac¸ant leur ge´ne´alogie dans le cine´ma de science-fiction et en analysant leur utilisation exponentielle dans le cine´ma dominant depuis les attaques du 11 septembre 2001, l’auteur propose une e´tude syste´matique des enjeux multiples que posent ces entite´s machiniques autonomes. Selim Krichane questionne le statut de l’image photographique au sein du syste`me de cartographie Google Maps, interrogeant le re´gime scopique spe´cifique de ce type d’interfaces, dans lesquelles visualisation et mode´lisation tendent a` converger. A travers un prisme the´orique issu du champ des nouveaux me´dias, Krichane e´value le statut de ces re´ali- te´s ge´ne´re´es par des algorithmes, afin d’appre´hender le ro^le du spectateur humain dans cette e´conomie automatise´e. Claus Gunti quant a` lui interroge diverses pratiques artistiques base´es sur l’utilisation de photographies enregistre´es par des machines (sondes spatiales, drones ou Google Street View) et de de´marches base´es sur des images pre´existantes tire´es d’internet, esquissant les implications esthe´tiques et politiques de l’image automatise´e dans le champ de l’art contemporain. Par son intervention photographique Shooting animals, re´alise´e dans le cadre d’un projet de recherche de master a` l’Ecole cantonale d’art de Lausanne, Laurence Kubski questionne les particularite´s techniques et les re`gles de´ontologiques pre´sidant a` la re´alisation de documentaires animaliers; son travail re´ve`le l’e´tonnante proximite´ visuelle, terminologique ou technologique entre l’univers de la chasse et celui de la capture d’images. A travers un examen de la notion de responsabilite´ dans la tradition re´publicaine, Marc-Andre´ Weber introduit une re´flexion e´thique sur l’emploi de drones dans les conflits arme´s. Retrac¸ant les origines de la de´politisation de la guerre et de sa dimension spectaculaire, l’auteur pointe le ro^le de la de´responsabilisation du citoyen, cause principale de ces de´veloppements. Quant a` Joe¨l Vacheron, il interroge la prolife´ration de technologies de gestion informatique de flux vide´o dans le cadre de pratiques de surveillance (reconnaissance faciale, etc.). Sa re´flexion se concentre sur le constat de la transformation graduelle de la fonction strictement informationnelle de la vide´osurveillance en acte de´cisionnel automatise´ et autonome, qui e´vacue progressivement le facteur humain de son e´conomie. Enfin, l’article de Derek Gregory traduit de l’anglais e´tablit une topographie du drone dans un contexte militaire, e´valuant la dimension disruptive des espaces multiples – centres de contro^le aux Etats-Unis, pays surveille´s ou zones attaque´es, corps des victimes, espaces juridiques, etc. – qui participent a` son fonctionnement.