Ailleurs et en d’autres temps, Ahmed Laoufi a écrit : « Si je t’ouvre mon cœur, tu verras la caravane joyeuse de mon enfance ». Il semble qu’il l’ait ouverte et jamais refermée, cette porte au seuil de laquelle se croisent amis et inconnus, tous figurant cet autre possible que le poète porte en lui, dans les bribes de mémoire d’une enfance d’avant l’exil et les chants de son monde reconstruit. Alphabets de la terre nous en livre quelques-uns, parmi lesquels les plus beaux témoignent de la quête fraternelle née du déracinement et de l’errance. Jalal El Gharbi a bien raison d’écrire à propos de l’auteur : « Votre poésie porte les échos du lointain, du visible et de ce qui se dérobe ». Pourtant, Ahmed Laoufi n’entend pas camper dans ce lointain : « Je creuse un tunnel sous les mots / maçonnant un ouvrage qui me relierait à toi ». Voici résumé en peu de mots un projet poétique que le Jaseur Boréal, oiseau symbole des longues migrations, est heureux d’accueillir dans son nid.