De`s le milieu du XVIIIe sie`cle, les philosophes tentent de chasser les fe´es de la sce`ne : quels spectateurs sense´s pourraient encore s'e´merveiller de ces « contes de vieilles » et e^tre dupes des artifices des sce`nes de magie ? Pourtant, les spectacles de fe´erie, en vogue depuis la fin du sie`cle pre´ce´dent, continuent a` nourrir le re´pertoire des the´a^tres parisiens : les prodiges des fe´es, sylphes et ge´nies enchantent, font rire et, surtout, pleurer les spectateurs. C'est que les auteurs de la seconde moitie´ du sie`cle engagent en re´alite´ le the´a^tre merveilleux vers de nouvelles formes sensibles, qui frappent les yeux et l’esprit pour parler au cœur.Cette e´tude se propose de mettre en lumie`re les enjeux dramaturgiques et sce´nographiques de ce tournant sensible et moral du merveilleux qui se fac¸onne sur les sce`nes de la Come´die-Italienne et des boulevards dans les anne´es 1760-1780. Elle montre les ambigui¨te´s de ce the´a^tre des fe´es, qui, avant me^me que la fe´erie ne soit, au sie`cle suivant, constitue´e en genre, oscille en toute liberte´ entre le grand spectacle et sa mise a` distance.