Itinérance philologique et itinéraires de philologues
Loin de la poussière des bibliothèques et de l’austère tour d’ivoire des cabinets d’érudits, les sentiers de l’existence conduisent volontiers au savoir et à la pensée. À l’extérieur des murs qui cloisonnent et enferment, des individus libres ont longtemps trouvé dans la vie même la sagesse et la connaissance au long des routes, chemins et impasses tracés par l’expérience du monde. Errances mythologiques, périples étiologiques, célébration héraclitéenne du devenir et du flux, déambulation péripatéticienne, missions apostoliques, pèlerinages et pérégrinations, retraite et éloignement, ostracisme et déportation, exil ou simple expatriation, etc. : nombreuses de tout temps ont été les manières de chercher (de gré ou de force) la vérité dans le cheminement. Plus qu’une science, la philologie se présente ontologiquement comme une « méthode », autrement dit un chemin à emprunter pour se frayer une voie jusqu’au sens. Déjà réunis à l’occasion de plusieurs collaborations éditoriales autour de Nietzsche et de la philologie, deux auteurs d’âge, de sexe et d’origine différents s’entretiennent dans ces pages sur l’itinérance philologique en général et l’itinéraire de quelques philologues (dont eux-mêmes) en particulier. Leur dialogue dessine les contours d’une épistémologie heuristique pour notre temps.