Ce qui attire les poèmes de Pincas dans le concept de frontière estprécisément cette finesse, cette ténuité, cette fugacité aussi,qui constituent en vérité la moelle du temps, sa substancesi peu perceptible, quasiment invisible. Et le temps, quiest le moteur et l’écrin de la condition humaine, doit êtrecapturé pour que naisse le chant lyrique. Seul son courantpermet à la barque de la poésie de naviguer. « Passent lesjours, et passent les semaines… » Sans le sens du temps, lasensibilité à sa matière, le souvenir, comme objet et commeacte, ce « regret du bonheur perdu », cette « mélancolie dudépart », pour reprendre les termes de Jankélévitch au sujetde La Cerisaie de Tchekhov, ne saurait être. Et le souvenirest au poète une alma mater, un phare dans la nuit du néantqu’il sonde si bien.