Mourir? (1918-1939)
Après un premier tome consacré aux années 1897-1918 –??vécues par Joe Bousquet sur ses deux jambes de jeune bourgeois impétueux de province??–, Paul Giro relate comment celui qui n’avait encore rien écrit, devenu paraplégique et impuissant après sa blessure du 27 mai 1918, chercha à donner un sens à cette «?survie absurde?» grâce à la littérature et, du fond de son lit à Carcassonne ou de son fauteuil roulant à Villalier, à attirer le monde jusqu’à lui.Après l’échec d’un premier texte inspiré par Marthe Marquié, celle qui l’«?avait fait mourir?», puis, au milieu des années 1920, un contact enthousiaste mais fugace avec le surréalisme, il se fit revuiste et critique littéraire (attentif en particulier à Valéry, Jouve et Jouhandeau). S’appuyant d’abord sur l’«?ami complet?» que fut le philosophe Claude-Louis Estève et sur la figure tutélaire du grand poète classique François-Paul Alibert, entouré bientôt d’une cour de jeunes intellectuels méditerranéens (Jean Cassou, Ferdinand Alquié, René Nelli, Jean Mistler, Léo Matarasso, Paul Bénichou, André Cayatte), il présida à de nouvelles revues (Chantiers, Choc), puis aida les directeurs de plus anciennes (André Gaillard, Jean Ballard, Carlo Suarès) à bâtir leurs sommaires jusqu’à en devenir, pour Les Cahiers du Sud notamment, la «?figure de proue?». Pour ce qui est de sa propre création littéraire, Bousquet, en revanche, n’avança pas sans subir refus et avanies, nonobstant les leçons données par l’insaisissable André Gaillard, l’éruptif Paul Éluard, le rigoureux Jean Paulhan ou le subtil André Gide?: seule La Tisane de sarments (1936) lui valut un certain succès. Et le retentissement qu’il escomptait pour les trois romans qu’il publia quelques semaines avant la guerre fut comme étouffé par les évènements.Les plus avisés de ses visiteurs lui proposèrent pourtant des clés pour échapper à son impression mélancolique de n’être pas vraiment au monde, et accéder à un être qui lui fût propre : Estève voulut le persuader qu’il n’avait pas à s’affliger de « ?sa vie affranchie [...] de l’expérience sociale?»?; Paulhan lui conseilla de «?savoir sa blessure?» et de prendre le parti de son mal?; Gide lui insuffla une grande force, en lui assurant?: «?Vous commencez, vous allez commencer?». Joe Bousquet put en conclure, à la fin des années 1930?: «?J’ai besoin d’être moi, jusqu’à l’oubli du sort qui m’est fait », et alla même jusqu’à affirmer?: «?Je vois enfin ma blessure comme le plus grand bienfait de ma vie?».Natif de Carcassonne, diplômé de Sciences-Po Paris et ancien élève de l’École nationale d’Administration, Paul Giro est haut fonctionnaire honoraire. Outre cette biographie en trois tomes, il publie, aux mêmes éditions, trois volumes rassemblant l’importante correspondance échangée de 1925 à 1950 entre Jean Paulhan, le directeur de La NRF d’alor