L'architecture n'est pas affaire prive´e; elle participe activement du bien commun.Le the`me de ce nume´ro est L'usure du monde." Notre maison bru^le et nous regardons ailleurs ". Depuis que cette phrase a e´te´ prononce´e par Jacques Chirac au IVe sommet de la Terre, il y a plus de vingt ans, l'incendie n'a fait que se propager. Re´pondre a` la rare´faction des ressources et a` la ruine des e´cosyste`mes en proposant des mate´riaux biosource´s, un marche´ des points carbone et une isolation a` outrance est insuffisant et illusoire.Ce nume´ro du Visiteur propose un angle d'attaque diffe´rent, en interrogeant le rapport que le projet architectural entretient avec le syste`me productif au sens large. Le changement climatique, l'effondrement des populations animales et la de´vastation des sites naturels constituent une menace sans pre´ce´dent pour la civilisation. Nous en prenons conscience a` un moment ou` l'affaiblissement de la puissance publique, l'e´rosion du savoir commun et l'individualisme – de l'habitat pavillonnaire a` la livraison a` domicile – semblent nous priver de la plupart de nos moyens d'action, comme si la cite´ avait e´te´ de´pece´e pour e^tre re´duite a` une somme de satisfactions dans la sphe`re prive´e. Ce nume´ro du Visiteur de´fend l'ide´e que l'architecture, loin de se cantonner a` un statut accessoire, une production de plus dans le paysage culturel, peut encore inspirer une perspective a` l'e´chelle de la socie´te´, re´unir un faisceau de re´ponses d'ordre politique, social, e´conomique et environnemental. Le re´chauffement climatique et la pollution obligent a` une telle ambition.