De l'ivresse des mots à la lumière des images. Interprétation et recréation
De 1922 à 1925, Charles Humbert, de La Chaux-de-Fonds, calligraphie et enlumine sur39 planches le texte entier du roman de Rabelais, Gargantua. L'ouvrage de Marianne GendreLoutsch se propose de révéler la formidable aventure de l'oeuvre de Charles Humbert et demettre en lumière le talent d'illustrateur, facette moins connue du peintre. Le Gargantuad'Humbert est un chef-d'oeuvre qui, même si l'approche en est toute différente, peutsans conteste rivaliser avec les illustrations plus connues d'un Gustave Doré. L'originalitéd'Humbert réside d'abord dans le choix de la forme – replacer la mise en image du romandans la tradition du livre enluminé –, ensuite dans une très grande fidélité à la poétiquerabelaisienne par le biais d'une rhétorique de l'ornementation en lien étroit avec le texteet l'esprit foisonnant de la Renaissance. Humbert réussit non seulement à en donner uneinterprétation picturale originale mais, se nourrissant du dynamisme initié par Rabelais, àfaire à son tour oeuvre de créateur : inspiré de près par les mots de l'écrivain, il les met enscène au travers de décors floraux, animaliers et architecturaux. Il actualise le roman enmêlant aux personnages de la fiction des hommes et des femmes du xxe siècle. Enfin etsurtout, à la différence de ses prédécesseurs, il a l'ambition de tenir compte de la totalitédu roman : il représente non seulement les exploits bien connus du géant, mais saittraduire dans une illustration colorée, joyeuse et pleine de vie la réflexion rabelaisienneen faisant du texte un puissant réservoir d'images.