Le pasteur Buchsenschutz résistant déporté
Le 27 octobre 1943, l’occupant allemand arrête au siège de l’Église évangélique luthérienne de Montbéliard le pasteur Paul Buchsenschutz. Paul descend d’une famille originaire d’une Alsace pétrie de l’humanisme rhénan et hérite de sa mère un tropisme anglophile fort. Son enfance est marquée de façon indélébile par le souvenir d’un père fauché sur le champ de bataille en octobre 1914. Après avoir poursuivi des études supérieures à la Sorbonne et à la faculté libre de théologie protestante de Paris, il est de retour au Pays de Montbéliard, terre d’invasions et de patriotisme. Il exerce son activité pastorale à Beaucourt, puis à Montbéliard. Dès les premiers temps de l’Occupation, celui qui a écrit à la mi-juin 40 « Je ne serai jamais un vaincu », souffre, écartelé entre sa vocation de pasteur qui, pour s’épanouir, a besoin du silence des armes, et celle d’officier, de conducteur d’hommes, lequel ne peut accepter la défaite et la servitude. Très vite, il fait le choix de poursuivre le combat livré en 1940 sous l’uniforme de lieutenant dans la division cuirassée du colonel de Gaulle, davantage contre une forme de civilisation qui lui apparaît comme la négation même du christianisme que dans l’opposition à un ennemi héréditaire. Il mènera la lutte clandestine sous ses différentes formes, « l’action juste parmi les humains » chère à Dietrich Bonhoeffer, le théologien allemand opposé au nazisme. Au-delà de la biographie d’un homme, l’ouvrage analyse les facteurs d’une dissidence plus marquée chez les protestants du Pays. Il fait une large place aux mois vécus dans le plus noir enfer de Mauthausen-Gusen. À partir des écrits du pasteur, de l’officier et du déporté de la Résistance, également d’archives privées et publiques, l’auteur explore les circonstances de son arrestation, celles de sa tragique disparition au printemps 1946.