genèse et transformation
Cendrars tient à ce livre comme à la prunelle de ces yeux ; il se prépare longuement à l'écrire, il se documente, il aiguise ses crayons, renouvelle ses carbones et, le 30 septembre 1943, il annonce à Raymone: «Hier matin je me suis mis à La Carissima. Et je continue aujourd'hui, et demain, et ainsi de suite jusqu'à la fin. Ce sera long et très difficile. »Quel est donc ce livre capital que Cendrars mijote dans sa cuisine aixoise ?Ce n'est pas moins que « le plus beau roman d’amour », le roman de Marie-Madeleine, «la seule femme qui ait fait verser des larmes à Notre-Seigneur ». Et ce sera aussi son premier livre à rompre le silence des années tragiques 1940-1943. « En préparation » jusqu'en 1949, La Carissima ne verra pourtant pas le jour.Or, de cette Carissima il existe des fragments manuscrits : les voici transcrits et publiés pour la première fois. L'étude très fouillée qui met en lumière leur portée n'éclaire pas seulement les causes de leur inachèvement, mais - restant à l'écoute de ce cantique qui accompagne, sous-tend et nourrit en secret L'Homme foudroyé, La Main coupée, Bourlinguer et Le Lotissement du ciel - fait apparaître ces quatre volumes pour ce qu'ils sont en définitive: un autel dressé par Cendrars à la gloire de la Très-Chère.